Se souvenir aujourd’hui maintenant

Taboulé Rando (comme )  : 3 verres de semoule et autant d’eau salée – une boite de thon – un oignon rouge – un petit pot de poivrons rôtis à l’huile – le jus de 2 citrons – plein de persil

On a décidé, en ce soir de Juin,  de donner du frais et du croquant à la recette, parce qu’il fait si chaud… , en y ajoutant des radis roses.

Encore une de ces Recettes souvenir qui me fera dire « C’était bien mais Encore! » aujourd’hui maintenant.

 

Apprendre encore un peu

Le dernier jour à Cagliari, j’ai lancé un plan B (comme Benetton) pour celles qui voudraient zapper le Museum archéologique. Apprendre l’Italie encore un peu. L., une de mes compagnes de route, s’est commandé une Glace à l’amande chez Stefino. Je me suis pris des olives et des coeurs d’artichauts au supermarché, que j’ai mangé, tout en continuant à me balader. Plaisir de se promener en ville un samedi en fin d’après-midi. Les Italiens, toujours sur leur 31, font les boutiques, boivent des Spritz en terrasse et on sent chez les plus Jeunes, doucement mais sûrement monter la Fête… 

Le lendemain, 6 heures, j’attendais le taxi pour l’aéroport dans le hall de l’hôtel quand il y a eu un début d’incendie. Fumée et jeune Erasmus en panique. Le gars de l’accueil en panique aussi, est parti avec l’Erasmus en panique, vers les étages, m’interdisant de bouger. J’ai donc accueilli et rassuré tous ceux qui descendaient inquiets, en tenue plus ou moins acceptable, dans le vacarme de l’alarme. Il faut croire que je devais avoir la tête de celle qui savait. En fait, j’étais surtout la seule personne habillée.

A Cagliari, j’aurais aimé me faire une vraie pause le temps d’une vraie nuit. Ne plus penser à rien, juste être bien. Me faire du bien mais sans bouger d’un lit. Histoire de prendre des forces pour la suite. Parce que faut pas croire, je suis pas plus forte qu’une autre. Sauf que je me la ramène.

10 (autres) trucs que j’ai aimé en Sardaigne

La gentillesse des gens… qui sortent de chez eux pour vous demander d’où vous venez, qui écoutent vraiment la réponse et qui ensuite, vous souhaitent le meilleur. Dans la Pampa, le Pharmacien vous aide à choisir le meilleur pansement, et puis après, il vous serre la main. 2. Dans la Pampa, j’ai rencontré R., peut-être bien 90 ans, Maréchal des Carabinieri, spécialiste des empreintes digitales, qui ne boit que du lait et avec qui j’ai parlé d’Amour. Enfin… d’hommes et de femmes. 3. Dans la Pampa, j’ai mangé les meilleurs pizzas de toute ma vie, avec une pâte tellement fine, qu’on pouvait goûter encore et encore toutes les sortes qui se présentaient sans caler. Encore! 4. Et bu de la Grappa au miel à ne jamais vouloir s’arrêter. Même si la gnôle nationale, c’est le Filu e ferru, qu’on appelle comme ça parce qu’on la planque en ne laissant qu’un fil de fer dépasser. 5. J’ai aimé quand le guide a dit avec un air SARDonique, à un croisement sur le chemin: « Vous pouvez tous mettre une pierre sur ce cairn, comme ça, Agathe la prochaine fois quand elle passera, peut-être qu’elle ne se perdra pas. 6. Et apprendre à gérer le problème des pieds blancs dans les sandales en post-randonnée: « C’est tout simple. T’as qu’à faire comme moi, tu te les laves pas. » 7. J’ai aimé trouver du fromage à la coupe que je pouvais manger et appris que le Parmesan stagionato 30 mese pareil ça le faisait! 8. Et voir des asperges sauvages au supermarché. Aucun autre pays ne propose en libre service autant de vert. 9. J’ai aimé ce Pays, et je me suis dit qu’il me le rendait bien. Le 10. demain.

Encore un peu (2)

Le sable est doux et nous sommes comme des gosses enfin lâchés en liberté. Derrière la Dune, il y a la Mer. Enfin, après un bon kilomètre. Ce qui nous laisse le temps de nous habituer au Bleu. Je la regarde sur la carte depuis des semaines: Piscinas, Costa Verde. Il paraît que quand le projet est long, il importe de célébrer chaque étape. C’est exactement ce que j’ai fait, en me jetant au Sel. L’eau est parfaite, et comme c’est bon après cinq jours de marche de sentir le corps se laisser porter. Nous avions ensuite Quartier libre jusqu’à 15 heures Rendez-vous au Parking, alors je suis restée là sur le sable, dans le soleil, toute seule, à profiter de chaque minute qui m’était donnée. Et puis, je me suis rhabillée vite fait, et je me suis tracé, toujours pieds nus, débrayée, extatique. Je suis tombée sur un Italien, Alessandro, qui en 5 minutes top chrono, m’a demandé qui j’étais, ce que je faisais, où j’allais, m’a pris les mains pour me donner les coquillages qu’il avait ramassé, m’a demandé deux fois mon numéro de téléphone, m’a invité à passer l’Eté dans sa maison à 25 kilomètres de là, m’a dit qu’il m’emmènerait à la plage etc… et enfin… a essayé de m’embrasser. Ahhh les Italiens! J’ai hésité à lui faire ce geste des deux mains que m’a appris ma Prof d’Italien, qui veut dire à un homme Dégage! à associer à un regard qui tue. Après tout, je suis là aussi pour mettre en pratique ce que j’ai appris en cours. Je lui ai souri, je lui ai dit qu’il était Bellissimo e molto gentile mais que j’avais Rendez-vous au Parking avec un fourgon pour m’emmener à la Gare, direction Cagliari, et que j’avais pas intérêt à le rater. J’ai filé.

Encore un peu

A l’Agriturismo, botte de paille confortable qui attend des jours meilleurs. Il faudra revenir. Entre autres, pour voir si la petite Matilda (un an) comme l’appelle sa Maman, qui s’appelle pourtant Matilde comme l’a voulu son Papa, a su concilier sérieux et simplicité / L’herbe des prés est encore baignée de rosée, c’est le dernier matin et je soupire / Site minier abandonné déserté fracassé et pourtant tant de délicatesse dans les quelques maisons laissées en l’état. J’ai toujours aimé les villages fantôme, qui parlent encore alors que tout le monde a fui. Ces cicatrices, dont certains disent qu’elles défigurent la Sardaigne, sont pourtant les marques qui prouvent qu’on a vécu (et survécu). Vécu autrement / Peu importent les panneaux, viser la Mer et les dunes / Et vraiment très bizarrement, passer des champs d’oliviers à la garenne. Me revoilà enfant. Je ne sais plus où je suis (encore) / Il y a des joncs, il y a de l’eau, et à nouveau, il y a du vert / Jusque dans nos gamelles. Pâtes au Pesto roquette, me voilà dans ma cuisine. C’est notre repas familial de base. D’ailleurs sur mon quart, il y a trois de mes quatre enfants (tous Scouts). J’ai cru m’étouffer en déchiffrant leurs noms presque effacés mais tenaces parce qu’écrits au marker. De l’air! De l’air! Et puis, je me suis dit qu’ils étaient, et j’ai plissé un peu les yeux. Peut-être bien que j’ai souri / J’ai viré mes pompes de randonnée et je les ai nouées à mon sac ; ça c’est toujours un grand moment. J’ai fait la grimace en marchant un peu vite sur le lit d’épines de pin, avec mes pieds tendres de Printemps que l’Eté n’a pas encore endurci  / Derrière la Dune, il y a la Mer.

Apprendre (2)

Que peut-on comprendre de l’âme sarde en si peu de temps? Le premier soir, au Bar de l’Hôtel, j’ai demandé une bière ; n’importe laquelle pourvu qu’elle soit du Pays. Réflexe de fille du Nord, qui a passé du bon temps en Belgique et qui s’attend à se voir proposer non pas toute la gamme à laquelle elle est habituée, mais au moins deux ou trois possibilités. J’adore ça. Arriver sur un nouveau territoire, en touriste, avec mon idée même pas réfléchie, ressentie, intégrée, héritée de mon histoire, et peu à peu, grâce à ma curiosité sans limite, à quelques déboires parfois, et suite à des discussions parfois surréalistes tant l’incompréhension est grande, me faire une idée qui colle un peu plus à la réalité. Le gars du Bar, souriant et stoïque, m’a apporté une Ichnusa avec des cacahuètes.

Le dernier soir, au Bar de l’Hôtel (le même), j’ai demandé L’unique blonde de Sardaigne, comme on m’avait appris à le demander avec un ton égrillard, plein de sous-entendus, et en toute connaissance de cause. Le gars du Bar a souri, m’a apporté une Ichnusa avec des olives, et m’a dit que j’avais fait dei progressi.

Apprendre

Après la campagne, les bois moussus et la Giara di Gesturi, une forêt d’Eucalyptus, des torrents, les Montagnes. Quatrième jour de marche en pleine nature. Ce jour là, j’ai découvert le ciste à gomme et les îles Stoechades, observé comment mener un groupe dans un pierrier à la montée, comme à la descente etc. J’ai appris comment faire un taboulé qui déchire (entre autres, six jus de citron et plein de persil) et je me suis presque endormie au soleil, là, au milieu du chemin, ultime leçon de lâcher de prise.

Ce jour là, avant et après la rando, j’étais comme souvent dans le fourgon avec Gianni, qui nous transporte en même temps que nos sacs entre les gares, les hébergements et les coins reculés où parfois nous commençons nos randonnées. Ce jour là, les trajets ont duré un peu et j’ai donc eu deux longues leçons d’Italien. J’ai fait des progrès depuis l’été dernier, et puis, il est patient. On dit des Sardes qu’ils sont comme les nuraghe: robustes, fiables, prêts à défendre leur pays, mystérieux. Oui. Mais aussi extrêmement gentils. Nous parlons de la signification de Addirittura et de celle de Oh la la. Il me questionne et je lui raconte ma Vie, sans aucune retenue. Il me donne des conseils sans m’en donner, me dit qu’il comprend. Je l’écoute et j’apprends.

Tout au long de la route, de mes compagnons de voyage, j’ai apprécié la légèreté et la tranquillité, comme si ce temps sur le chemin se devait d’être une trêve. Dans une vie qui va un peu vite, chacun est là pour prendre le temps. Vraiment. Et a le souci de l’autre. Et tout s’apaise. Dans mes cours, on appelle ça la dynamique de groupe. C’est bien mieux, en vrai.